Versos French Raoul Ponchon L’Absinthe et le Cobaye

French poem

L’Absinthe et le Cobaye

by (1848–1937)

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Dix centimètres ! quelle cuite ! Pourquoi pas trente, tout de suite ? Pauvre cobaye ! dont la fin Est de servir l’expérience De ces messieurs de la science, Avec son frère le lapin.

Mais, ô savant, que je respecte, Sache bien que je m’en injecte Relativement moins. Ainsi, C’est donc comme si moi bélître, Il me fallait en boire un litre, Dans une séance… Merci !

Moi, ces dix centimètres cube D’absinthe jetés dans mon tube, Je puis hardiment les braver, Sans même hésiter sur ma tige, Mais ce n’est pas un tel prodige Qu’un cobaye en puisse crever.

En outre, que prouve la chose ! Pour ce petit cochon en cause, Pas plus gros en tout que le poing L’absinthe, idiosyncrasique, Peut être infiniment toxique, Pour moi, ne l’être du tout point.

Chacun, comme il le peut, s’en tire. Ne me suis-je pas laissé dire Par exemple, que le persil, Qui m’est à moi fort salutaire, Était au perroquet contraire, Tout autant qu’un coup de fusil ?

De même mon gosier se cabre, Quand je veux avaler un sabre, Tandis que j’ai vu, chez Barnum, Je ne sais quelle créature Dont c’est l’ordinaire pâture. Que voulez-vous ?… cuique suum.