Versos French Raoul Ponchon Liane de Pougy

French poem

Liane de Pougy

by (1848–1937)

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Souple Liane de Pougy, L’autre soir quand vous apparûtes Comme nos désirs ont rugi Devant Votre Altesse, les brutes !

Mais vous êtes charmante, et si Sympathiquement attifée !… Encore ce n’est rien ceci Quand on songe à vos doigts de fée.

Car vos doigts, ces brins de jasmin, Faits pour l’amour et les caresses, Jouissent d’un pouvoir surhumain, Et nous convient à quelles fêtes !

Entre vos doigts menus, menus, Les objets naissent, disparaissent… — Qu’est-ce qu’ils sont donc devenus ? — Disent ceux-là qui s’y connaissent.

Disparus, fuis, évanouis ! Vous cueillez des fleurs dans l’espace, Ah ! vous pouvez dire je souis Souveraine des tours de passe.

Vous prenez ma montre — et pourtant Elle n’est pas des plus commodes À manier, ma montre, étant Étrangère aux présentes modes —

Vous prenez ma montre — ai-je dit — Et tôt, voici que malgré elle Vous lui faites marquer midi, Heure fantastique, irréelle !

D’autres fois, c’est dans un chapeau Que vous battez une omelette ; Par ma fine, c’est déjà beau Mais ce n’est rien, car (oh ma tête)

Vous faites passer, nom de Dieu ! D’un geste, d’une chiquenaude, Sur le ventre d’un vieux monsieur Cette omelette toute chaude.

C’est épatant, c’est renversant. D’être sorcière on vous soupçonne… Et… qu’allez-vous faire à présent Avec cette jeune personne ?

Vous la couvrez d’un voile bleu Et lui dites : passez muscade ! Et je n’y peux voir que du feu, Malgré mes yeux en embuscade.

Elle passe dans un instant. Enfin, ô miracle suprême, Inconcevable, exorbitant ! Vous vous escamotez vous-même.

Vous pourriez, tant votre pouvoir Est hyperbolique et magique, Faire le ciel rire ou pleuvoir, Changer des astres la musique,

Comme transmuer les métaux, Requinquer les roses fanées, Réveiller les esprits vitaux Des morts, morts depuis mille années,

Faire trois rubis cabochons Avecques deux pépins de pomme, Ou bien encore deux cochons Avec simplement un seul homme.

Vous semblez dominer sur tout. Pourtant, cette puissance folle Ne saurait atteindre partout Car, pour ce qui est de ma fiole,

Je doute fort que vous puissiez, Prestidigitatrice blonde, Malgré le Diable et ses huissiers, M’escamoter une seconde.

Non. Entre vos si jolis doigts, Plus légers dix fois qu’une plume, Loin de disparaître, je crois Que j’augmenterais de volume.