French poem
Le Soleil levant
by Saint-Amant (1594–1661)
Jeune deesse au teint vermeil, Que l’Orient revere, Aurore, fille du Soleil, Qui nais devant ton pere, Vien soudain me rendre le jour, Pour voir l’objet de mon amour.
Certes, la nuict a trop duré ; Desja les cocqs t’appellent : Remonte sur ton char doré, Que les Heures attellent, Et viens montrer à tous les yeux De quel esmail tu peins les cieux.
Laisse ronfler ton vieux mary Dessus l’oisive plume, Et pour plaire à ton favory Tes plus beaux feux r’allume ; ll t’en conjure à haute voix, En menant son limier au bois.
Mouille promptement les guerets D’une fraische rosée, Afin que la soif de Cerès En puisse estre appaisée, Et fay qu’on voye en cent façons Pendre tes perles aux buissons.
Ha ! je te voy, douce clarté, Tu sois la bien venue : Je te voy, celeste beauté, Paroistre sur la nue, Et ton estoile en arrivant Blanchit les costaux du levant.
Le silence et le morne roy Des visions funebres Prennent la fuite devant toy Avecque les tenebres, Et les hyboux qu’on oyt gemir S’en vont chercher place à dormir.
Mais, au contraire, les oyseaux Qui charment les oreilles Accordent au doux bruit des eaux Leurs gorges nompareilles, Celebrans les divins apas Du grand astre qui suit tes pas.
La Lune, qui le voit venir, En est toute confuse ; Sa lueur, preste à se ternir, À nos yeux se refuse, Et son visage, à cet abord, Sent comme une espece de mort.
Le voilà sur notre horison En sa pointe première. Ô que l’Ethiope a raison D’adorer sa lumière ! Et qu’il doit priser la couleur Qui luy vient de cette chaleur !
C’est le dieu sensible aux humains, C’est l’œil de la nature ; Sans luy les œuvres de ses mains Naistroient à l’advanture, Ou plustost on verroit périr Tout ce qu’on voit croistre et fleurir.
Aussi pleine d’un sainct respect, Quand le jour se rallume, La Terre, à ce divin aspect, N’est qu’un autel qui fume, Et qui pousse en haut comme encens Ses sacrifices innocens.
Au vif esclat de ses rayons, Flattés d’un gay zephire, Ces monts sur qui nous les voyons Se changent en porphyre, Et sa splendeur fait de tout l’air Un long et gracieux esclair.
Bref, la nuict devant ses efforts, En ombres séparée, Se cache derrière les corps De peur d’estre esclairé, Et diminue ou va croissant, Selon qu’il monte ou qu’il descent.
Le berger, l’ayant révéré À sa façon champestre, En un lieu frais et retiré Ses brebis meine paistre ; Et se plaist à voir ce flambeau Si clair, si serain, et si beau.
L’aigle, dans une aire à l’escart, Estendant son plumage, L’observe d’un fixe regard, Et luy rend humble hommage, Comme au feu le plus animé Dont son œil puisse estre charmé.
Le chevreuil solitaire et doux, Voyant sa clarté pure Briller sur les feuilles des houx Et dorer leur verdure, Sans nulle crainte de veneur, Tasche à luy faire quelque honneur.
Le cygne, joyeux de revoir Sa renaissante flame, De qui tout semble recevoir Chaque jour nouvelle ame, Voudroit, pour chanter ce plaisir, Que la Parque le vint saisir.
Le saulmon, dont au renouveau Thetis est despourveue, Nage doucement à fleur d’eau Pour jouir de sa veue, Et monstre au pescheur indigent Ses riches escailles d’argent.
L’abeille, pour boire des pleurs, Sort de sa ruche aymée, Et va sucer l’ame des fleurs Dont la plaine est semée ; Puis de cet aliment du ciel Elle fait la cire et le miel.
Le gentil papillon la suit D’une aisle tremoussante, Et, voyant le soleil qui luit, Vole de plante en plante, Pour les advertir que le jour En ce climat est de retour.
Là, dans nos jardins embellis De mainte rare chose, Il porte de la part du lys Un baiser à la rose, Et semble, en messager discret, Luy dire un amoureux secret.
Au mesme temps, il semble à voir Qu’en esveillant ses charmes, Ceste belle luy fait sçavoir, Le teint baigné de larmes, Quel ennuy la va consumant D’estre si loing de son amant.
Et mesme elle luy parle ainsi En son muet langage : Helas ! je deviendray soucy Au mal-heur qui m’outrage, Si de ma fidelle amitié Mon fier destin ne prend pitié.
Amour, sur moy comme vaincœur, Exerce ses rapines, Et moins en mes bras qu’en mon cœur Je porte des espines ; Mais je ne vivray pas longtemps : C’est le seul bien où je m’attends.
Encore si, pour reconfort, Quelques beaux doigts me cueillent Avant que, par un triste sort, Tous mes honneurs s’effeuillent, Je n’auray rien à desirer, Et finiray sans murmurer.
Reyne des fleurs, apaise-toi : Voicy venir Sylvie, Qui t’apporte en elle de quoy Contenter cette envie, Car sa main de lys a dessein De te loger en son beau sein.