French poem
Le Sorcier amoureux
by Saint-Amant (1594–1661)
Plus sorcier que n’est ce bel œil Qui pourroit tirer du cercueil Ma vie aux flames destinée, Dès que je voy finir le jour En qualité de feu d’amour Je m’en vay par la cheminée.
Le demon qui regne au sabbat, Où mon cœur prend son seul ebat, Est l’aimable enfant de Cythere ; Et pour prouver ce que je dy Ce n’est jamais qu’au vendredy Que je me treuve à ce mystere.
Les amans y sont bien venus À cause du nom de Venus À qui ce jour-là se dedie ; On y tient le bal comme icy. Et parfois on y joue aussi Quelque amoureuse comedie.
Là ce petit dieu fait des loix Qui font trembler mesme les rois Dans l’orgueil qui les environne ; Et par un pouvoir indomté Forcent jusqu’à ma liberté De rendre hommage à sa couronne.
Ô beauté sans comparaison, Ô Belise ! à qui ma raison Comme captive rend las armes, Que j’estimeray mon sçavoir Si pour vous prendre il peut avoir En ce mestier assez de charmes !