French poem
Les Cabarets
by Saint-Amant (1594–1661)
Faret, mon compagnon d’office, Quand il faut faire un sacrifice, Dedans quelque joyeux hostel Où la table fournit d’autel ; Helas ! quel demon plein d’envie Traversant nostre heureuse vie, Quel demon, dis-je, amy de l’eau, Te conduit à Fontainebleau ? Ce vain esclat de la fortune, Qui bien souvent est importune À ceux mesme qu’elle assouvit De la grandeur qui nous ravit, Auroit-il bien tant de puissance Que de t’oster la jouyssance Des plaisirs qu’on gouste à Paris Sans nul soucy des favoris ? Si j’en avois la moindre doute Je veux bien que Maillet me quitte. Si le gallant en maroquin, Et faisant trotter le pasquin, Je ne je luy jettois tant de fange Sur les habits de sa louange, Que son lustre pernicieux N’esblouyroit jamais tes yeux. Mais ja n’advienne que j’y pense, Je sçay bien que la recompense Des bons services que tu rends À ton maistre, l’honneur des grands T’oblige bien moins à le suivre Que ne fait la gloire de vivre Sous un tel prince, qu’aujourd’huy Ce nom-là n’est propre qu’à luy. Quel sujet doncques pourroit-ce estre ? N’est-ce point un desir champestre De visiter à ce printemps Les bois, les rochers, les estangs, Y voir nager l’ombre d’un arbre ; Contempler un palais de marbre, Ou durant un temps chaud et clair Regarder les ondes de l’air, Qui semble trembler sur la terre De la peur qu’il a du tonnerre ? Puis admirant sur les sillons Les ailes des gais papillons, De mille couleurs parsemées, Les croire des fleurs animées, Qui volent au gré des zephirs Vers les cieux plus beaux que saphirs ? Ou tantost morne et solitaire, Revant à quelque haut mystere, Que les Muses, ces belles sœurs, Montrent avec tant de douceurs, S’en aller en quelques lieux sombres Loger Phœbus entre les ombres, Et faire en ceste obscurité Un vers digne de la clarté ? Ou par fois ouyr Philomelle, Saluant la saison nouvelle, Par un doux chant se consoler Du temps qu’elle fut sans parler. Quand l’infame et cruel Terée Après l’avoir deshonorée, La réduisit, pour toute vois, Au triste ouvrage de ses doits ? Toutes ces belles fantaisies. De qui nos ames sont saisies, Sont-elles, dis-je, le sujet Qui te porte à ce beau projet ? Parle, cher amy, je t’en prie, Si tu ne veux que je m’escrie : On fait à sçavoir que Faret Ne rime plus à cabaret ; Ce seul départ l’en rend indigne, Il est degradé de la vigne, Et Bacchus, nostre puissant roy, Suivant les règles de sa loy, Le casse, et luy défend de boire Que dans la Seine ou dans la Loire, Puisqu’il délaisse, amy de l’eau, Paris pour un Fontaine-bleau : Paris, où ce grand dieu preside, Paris, ou la Coiffier reside, Paris, où fleurit un Cormier, Qui des arbres est le premier ; Paris, qui prend pour son Helaine Une petite Magdelaine ; Paris, qui presente à nos yeux La Pomme de pin, qui vaut mieux Que celle d’or, dont fut troublée Toute la divine assemblée ; Paris, qui, croissant tous les jours, Contient dans l’un de ses faubourgs Mainte autre ville toute entiere ; Paris, où dans un cimetiere, Fait pour enterrer les ennuis, Nous avons tant passé de nuicts ; Paris, enfin, ce petit monde, Où tout contentement abonde, Et dans qui les plus grands desirs Se peuvent saouller de plaisirs. Ha ! je t’entends, ces mots te pressent, Et desjà tes yeux me confessent Que tu ne sçaurois le quitter Sans de toy-mesme t’absenter. Relasche un peu ta servitude, Ne cherche point la solitude, Si ce n’est par fais dans ces vers. Que j’ay donnez à l’univers. Laisse les soings pour d’autres testes, Laisse les forests pour les bestes, Laisse les eaux pour les poissons, Et les fleurs pour les limaçons ; Aussi bien, à voir ton visage, Cela n’est pas à ton usage ; La campagne n’a point d’appas Qui puissent attirer tes pas ; Et de l’air dont tu te gouvernes, Les moindres escots des tavernes Te plaisent plus cent mille fois Que ne font les echos des bois. Et à moy aussi