Versos French Sainte-Beuve Pour de lointains pays

French poem

Pour de lointains pays

by (1804–1869)

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Pour de lointains pays (quand je devrais m’asseoir) Je vais, je pars encor : que veux-je donc y voir ? Est-ce des nations la pompe ou les ruines ? Est-ce la majesté des antiques collines Qui me tente à la fin et me dit de monter ? Est-ce l’Art, l’Art divin, qui, pour mieux m’enchanter, Pour remplir à lui seul mon âme tout entière, Veut que je l’aille aimer sous sa belle lumière ? Est-ce aussi la nature et ses calmes attraits Qu’il m’est doux une fois de posséder plus près, Aux lieux mêmes chantés sur les lyres humaines, Dans le temple des bois, des monts et des fontaines ? Oui, certes, tout cela, nature, art et passé : J’aime ces grands objets ; mon cœur souvent lassé Se sent repris vers eux de tristesse secrète. Mais est-ce bien là tout ? est-ce ton vœu, poëte ? Autrefois, sur la terre, à chaque lieu nouveau, Comme un trésor promis, comme un fruit au rameau, Je cherchais le bonheur. À toute ombre fleurie, Au moindre seuil riant de blanche métairie, Je disais : Il est là ! Les châteaux, les palais, Me paraissaient l’offrir autant que les chalets : Les parcs me le montraient au travers de leurs grilles ; Je perçais, pour le voir, l’épaisseur des charmilles, Et, dans l’illusion de mon rêve obstiné, Je me disais le seul, le seul infortuné. Aujourd’hui, qu’est-ce encor ? quand ce bonheur suprême, L’Amour (car c’était lui), m’ayant atteint moi-même, S’est enfui, quand déjà le souvenir glacé Parcourt d’un long regard le rapide passé, Quand l’avenir n’est plus, plus même le prestige, Le doux semblant au cœur d’un piège qui l’oblige, Je vais comme autrefois, et dans des lieux plus grands, Et plus hauts en beautés, perdant mes pas errants, Je cherche… quoi ? ces lieux ? leur calme qui pénètre ? L’art qui console ?… oh ! non… moins que jamais peut-être ; Mais au fond, mais encor ce bonheur défendu, Et le rêve toujours quand l’espoir est perdu !