Versos French Sainte-Beuve Rêverie

French poem

Rêverie

by (1804–1869)

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Il est soir : la lune s’élance Sur son trône mystérieux ; Les astres roulent en silence ; Comme un lac immobile, immense, Mon âme réfléchit les cieux.

Dans les ondes de la pensée, Dans ce beau lac aux sables d’or, La voûte des cieux balancée À mes yeux se peint, nuancée De couleurs plus molles encor.

Amoureux de la grande image, D’abord j’en jouis à loisir ; Bientôt désirant davantage, Poëte avide, enfant peu sage, J’étends la main pour la saisir.

Adieu soudain voûte étoilée, Blanche lumière, éclat si pur ! Au sein de mon âme ébranlée, Phébé tremblante s’est voilée ; L’image a perdu son azur.

Phébé, ne voile plus ta face ! Je renonce à mon fol espoir. Lors, par degrés, le flot s’efface, L’âme s’apaise, et sa surface Des cieux redevient le miroir.

Irai-je, pour saisir l’image, De l’onde encor troubler le cours ? Non ; mais penché sur le rivage, Puisque la nuit est sans nuage. Je veux rêver, rêver toujours.