Versos French Sainte-Beuve Réponse à Turquéty

French poem

Réponse à Turquéty

by (1804–1869)

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Mon cœur n’a plus rien de l’amour, Ma voix n’a rien de ce qui chante. Ton amitié me représente Ce qui s’est enfui sans retour.

Il est un jour aride et triste Où meurt le rêve du bonheur ; Voltaire y devint ricaneur, Et moi, j’y deviens janséniste.

Ce qu’on appelle notre vol Ne va plus même en métaphore ; Nos regards n’aiment plus l’aurore, Et l’on tuerait le rossignol.

Oiseau, pourquoi cette allégresse, Orgueil et délices des nuits ? Ah ! ce ne sont plus mes ennuis, Que ceux où ton chant s’intéresse !

Soupir, espoir, tendre langueur, Attente sous l’ombre étoilée ! Par degrés la lune éveillée Emplit en silence le cœur.

Pour qui donc fleurissent ces roses, Si ce n’est pas pour les offrir ? Charmant rayon, autant mourir, Sans un doux front où tu te poses !

Tous les ruisseaux avec leurs voix Que sont-ils sans la voix qu’on aime ? Ce ne fut jamais pour lui-même Que j’aimai l’ombrage des bois.

Dans les jardins ou les prairies, Le long des huis ou des sureaux, Devant l’ogive aux noire barreaux, Comme au vieux chêne des féeries ;

Même sous l’orgue solennel, Au seuil de la chaste lumière, Même aux abords du sanctuaire Où toi, tu t’es choisi le ciel,

Dès l’enfance mon seul génie Ne poursuivit qu’un seul désir : Un seul jour l’ai-je pu saisir ? Mais tout vieillit, l’âme est punie.

Et tes doux vers lus et relus N’ont fait qu’agiter mon mystère : Quoi donc ! aime-t-on sur la terre, Depuis que, nous, nous n’aimons plus ?