Versos French Sainte-Beuve Vers tirés de Volupté

French poem

Vers tirés de Volupté

by (1804–1869)

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Un mot qu’on me redit, mot léger, mais perfide, Te contriste et te blesse, ô mon Âme candide ; Ce mot tombé de loin, tu ne l’attendais pas : Fuyant, jeune, l’arène et ta part aux ébats, Soustraite à tous jaloux en ta cellule obscure, Il te semblait qu’on dût t’y laisser sans injure, Et qu’il convenait mal au parvenu puissant, Quand on se tait sur lui, d’aller nous rabaissant. Comme si, dans sa brigue, il lui restait encore Le loisir d’insulter à l’oubli que j’adore ! Tu te plains donc, mon Âme ! — Oui… mais attends un peu ; Avant de t’émouvoir, avant de prendre feu Et de troubler ta paix pour un long jour peut-être, Rentrons en nous, mon Âme, et cherchons à connaître Si, purs du vice altier qui nous choque d’abord, Nous n’aurions pas le nôtre, avec nous plus d’accord, Car ces coureurs qu’un Styx agite sur ses rives, Au festin du pouvoir ces acharnés convives, Relevant d’un long jeûne, étonnés, et collant À leur sueur d’hier un velours insolent… Leurs excès partent tous d’une fièvre agissante ; Une plus calme vie aisément s’en exemple : Mais les écueils réels de cet autre côté Sont ceux de la paresse et de la volupté. Les as-tu fuis, ceux-là ? Sonde-toi bien, mon Âme ; Et si, sans chercher loin, tu rapportes le blâme, Si, malgré ton timide effort et ma rougeur, La nef dormit longtemps en un limon rongeur, Si la brise du soir assoupit trop nos voiles, Si la nuit bien souvent eut pour nous trop d’étoiles, Si jusque sous l’Amour, astre aux feux blanchissants, Des assauts ténébreux enveloppent mes sens, Ah ! plutôt que d’ouvrir libre cours à ta plainte Et de frémir d’orgueil sous quelque injuste atteinte. Ô mon Âme, dis-toi les vrais points non touchés : Redeviens saine et sainte à ces endroits cachés ; Et, quand tu sentiras ta guérison entière, Alors il sera temps, Âme innocente et fière, D’opposer ton murmure aux propos du dehors : Mais à cette heure aussi, riche des seuls trésors, Maîtresse de ta pleine et douce conscience, Le facile pardon vaincra l’impatience. Tu plaindras nos puissants d’être peu généreux ; Leur dédain, en tombant, t’affligera sur eux, Et, si quelque amertume en toi s’élève et crie, Ce sera pure offrande à ce Dieu que tout prie !