French poem
La Seine calomniée
by Stanislas de Guaita (1861–1897)
Je me suis dit, (voyant la Seine Rouler sous les ponts ses flots verts, Calme, à travers Tes détritus, cité malsaine,) Que les poètes, en leurs chants, Sont bien méchants !
Laisse gronder la calomnie, Ô fleuve ! Si, dans ton miroir On a pu voir Les hideurs et la vilenie Que reflète, avec un sanglot, Ton triste flot ;
Ô tombe errante, es-tu complice, Quand, sous un ciel noir, l’assassin Rougit ton sein, Et, narguant l’affre du supplice, Jette sa victime au courant Qui fuit, pleurant ?…
Moi, je te sais innocent, Fleuve ! Prolonge ton murmure amer Jusqu’à la mer ! À ton cours un peuple s’abreuve… Mais l’enfant mord le sein maigri Qui l’a nourri !
Paris ingrat qui te bafoue Ne songe point — le gueux pervers — Que tes flots verts Lavent son front taché de boue, Et daignent blanchir, en passant, Ses mains de sang !