French poem
Le Banc
by Stanislas de Guaita (1861–1897)
Oh ! tant que l’hiver dure, Sevrés de la verdure Où Mai brode ses fleurs Aux cent couleurs,
Que de bardes illustres, (Las du gaz et des lustres, Et du bougeoir, fanal Par trop banal)
Courent à la campagne, Avec ou sans compagne, Acclamer le soleil À son éveil !…
La Lyre et la Cithare, Le Luth et la Guitare Ont sous leurs doigts vibré, Et célébré
L’azur — cette turquoise — Et la branche où dégoise Son hymne en la-bémol Le rossignol.
— Vous avez dit, poètes, Le chant des alouettes Au brouillard du matin, Dans le lointain.
Et — fi des courtisanes ! — Les amours paysannes : Cœur chaste qui fleurit, Lèvre qui rit !
Vous avez dit les brises Qui chuchotent, surprises D’éveiller des chansons Dans les buissons.
Ô fiers dompteurs de mètres, Pardonnez-moi, mes maîtres, En ce mois charmant, si Je chante aussi
L’heure que j’ai passée Seul avec ma pensée, Assis au fond des bois Tout pleins de voix !
Je dirai, plus timide, La mousse et l’herbe humide Qui mouillaient mes souliers Par les halliers,
Lorsqu’à l’ombre d’un chêne De la forêt prochaine Je suis allé m’asseoir Hier au soir,
Sur l’ancien banc de pierre Où souvent mon grand-père Rêvait — le front baissé — Du temps passé !
J’ai songé sous cette ombre.... Des Voix chères sans nombre, Ce soir-là, dans mon cœur Chantaient en chœur,
Et je sentais mes veines Fourmiller, toutes pleines Du sang libre et joyeux Des fiers aïeux !
. . . . . . . . .
De ce moment suprême Je fixe en ce poëme, (Témoin pour l’avenir,) Le souvenir !