Versos French Stéphane Mallarmé À la mer

French poem

À la mer

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Ô divine chanteuse, ô Méditerranée, J’ai passé sur ta rive une bien douce année, Respirant de tes bords les divines senteurs Et des beaux orangers les parfums tentateurs. J’effeuillai les douceurs du divin hyménée Au bruit de tes flots bleus, de ta voix fortunée !

Ta robe est quelquefois céleste de douceur, Ô toi de l’Océan la merveilleuse sœur. Mais je veux te chanter jusques en ta furie, Car je t’adore, ô mer, en ta sauvagerie. Oui, j’aime de ton flot la terrible noirceur Qui soulève en mon âme un désir obsesseur.

Ô mer ! les alcyons volant dans la tempête Me semblent bien heureux ! Oui, je te le répète, Ils sont heureux vraiment, car ils peuvent voler Au milieu de tes flots, puis au loin s’en aller Sur d’autres joyeux bords ; tandis que ton poète Entendant tes sanglots pleure et baisse la tête.

Dis-moi, pourquoi ces cris, ces appels furieux ? Pourquoi, te redressant en flots impérieux, Sors-tu de ton beau lit fait de corail et d’algues ? Et pourquoi cette écume au milieu de tes vagues ? Ah ! calme de mon cœur le désir curieux, Mer, pourquoi ces rumeurs aux sons mystérieux ?

Toi dont le ruban bleu sert de ceinture au monde, Toi qui peux l’étouffer sous ta robe profonde, Dis-moi pourquoi gémir, pourquoi pleurer ainsi ? Si tu souffres, Déesse, enfuis-toi loin d’ici. Et la vague m’a dit, mouillant ma tête blonde : « Ce sont les cœurs noyés qui soulèvent notre onde ! »