Versos French Stéphane Mallarmé À une Coquette

French poem

À une Coquette

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Oui, madame, je suis poète ! C’est à dire que, par moments, Je m’emballe, je perds la tête, Et jette ma raison aux vents.

Dans ces moments, certes, madame, Je pourrais chanter vos beautés, Révéler le fond de mon âme, Et vous dire vos vérités.

Une chevelure splendide Encadre votre front mignon, Par malheur, ce front est plus vide Que ne l’est votre haut chignon.

J’admire vos boucles d’ébène, Mais, je suis d’autant plus surpris Que, jadis, vous étiez châtaine, Avec de rares cheveux gris.

Votre aspect n’a rien de morose, Mais c’est votre savante main Qui fait l’œil noir, la lèvre rose, Avec le kohl et le carmin.

Vos dents, de rires égayées, Excitent des propos jaloux. Puisque vous les avez payées, Elles sont, certes, bien à vous.

Votre corsage dissimule Deux frères jumeaux faits au tour, Si j’en crois ce que chaque émule Montre de son moelleux contour

Madame, je leur rends hommage, Et même, en dépit de Caton, J’oserais plus… mais quel dommage, Si ce n’était que du coton !

Du coton, soit !… Mais, en revanche, Aurez-vous, du moins… Non ! Je crains Que même votre ronde hanche Ne soit un mensonge… à tous crins !

Pour terminer ce court poème, Qui célèbre tous vos appas, Un autre dirait qu’il vous aime Mais moi, je ne vous aime pas !