Versos French Stuart Merrill Folie

French poem

Folie

by (1863–1915)

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Prends-moi par la main, ô Folie, Pour guider sûrement mes pas Vers les maisons où l’on oublie Que l’amour n’est pas d’ici-bas.

Mène-moi vers les lieux infâmes Où l’on boit les eaux de la mort Et du sang aux lèvres des femmes Que le baiser des hommes mord.

Je suis las d’essayer de vivre Pour celle qui trompa ma foi : Je ne suis qu’un vagabond ivre Brisant les tables de la Loi.

Je veux cracher au front de l’ange Qui me montra l’étoile d’or Et souiller de toute ma fange Ses ailes prêtes à l’essor.

Femmes dont l’ivresse grimace, Dansez devant les hauts miroirs Pour m’y cacher ma pauvre face Où la pluie a pleuré, ces soirs.

Versez le poison dans les coupes, Souillez les roses et les lys, Tordez vos hanches et vos croupes, Tuez mes espoirs de jadis !

Je râle entre tes bras, Folie, Sous l’éclat rouge des flambeaux Qui semblent veiller l’agonie De rêves qui furent trop beaux.

Dehors, l’ombre couvre la ville Où s’est tu peu à peu tout bruit. Est-ce enfin, sur cette âme vile, La paix et l’oubli de la nuit ?

Ai-je enfin, bourreau de moi-même, Tué de honte l’amour ? — Non ! Je m’éveillerai, toi que j’aime, En criant au soleil ton nom !