Versos French Stuart Merrill Pendant qu'elle chantait

French poem

Pendant qu'elle chantait

by (1863–1915)

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Sous la blême clarté de telle nuit sans voiles Ta voix, doloroso ! ruisselle en sanglots d’or, Et je croirais ouïr de longs porteurs d’étoiles Ouvrir en le silence un vaporeux essor.

Êtes-vous éveillés sous la lune pâlie, Ô vagues violons et sistres endormeurs ? Avez-vous sous les vents, ô harpes d’Éolie, Emmêlé vos émois en de molles rumeurs ?

Ma mémoire s’immerge en lourdes mélodies Comme un noble navire en les houles des mers, Et mes vieux souvenirs, au flux des rapsodies, S’écroulent dans l’écume et les brouillards amers.

Sous le déroulement des abîmes rythmiques Mon âme s’est pâmée en la pâleur du soir : Je me sens palpiter sous les flots balsamiques D’une endormeuse mer aux tiédeurs d’encensoir.

Mourir et remourir ! ô volupté suprême ! Vaguer de mort en vie au reflux des remous, Et dans le crépuscule, ainsi qu’un noyé blême, S’affaler sur la grève au fond des sables mous !

Sonore immensité des mers de l’Harmonie, Où les rêves, vaisseaux pris d’un vaste frisson, Voguent vers l’inconnu, leur voilure infinie Claquant avec angoisse aux bourrasques du Son,

Ô morne immensité ! sous l’oubli des déluges Submerge le Réel, mugis vers l'Idéal ! Par-delà les hauteurs des suprêmes refuges Que ton écume monte au souffle boréal !

Déroule jusqu’aux cieux tes houles somnifères ! Soulève-moi mourant vers l’éther fabuleux D’où, la nuit, l’on perçoit la musique des sphères, Afin que j’agonise au chant des Astres bleus !

Mais ta voix, ô charmeuse, en la brume s’est tue : Les vagues violons et les sistres berceurs Sont morts dans le mystère, et le silence tue L’écho qui veille encore au fond des épaisseurs.

Et voici qu’il te faut, mon âme inassouvie, Revenir au réel de l’irréel lointain : Ô la subtile horreur du réveil à la vie ! Ô l'ineffable effroi d’une voix qui s’éteint !