Versos French Stuart Merrill Pour chanter l’amour

French poem

Pour chanter l’amour

by (1863–1915)

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L’Amour a passé dans ma vie En riant comme un enfant fou. Il rougissait de chaude envie Et portait des chaînes au cou,

Chaînes de lilas et de roses Qu’il allait suspendre en festons, Du soir à l’aube, aux portes closes Où sa main frappait à tâtons.

Il buvait à toutes les coupes Et s’endormait dans tous les bras, Ce prince des mauvaises troupes D’ivrognes et de scélérats.

Mais voici qu’un matin d’automne Le méchant vit sur le chemin Venir à lui, belle et si bonne, Celle dont il baisa la main.

Elle avait brune chevelure Et les yeux couleur de la mer ; Douce aux fleurs était son allure Et ses lèvres embaumaient l’air.

Parmi les danses des vendanges, L’Amour, faisant son pas léger, La poursuivit, le cœur plein d’anges, Du noir vignoble au clair verger.

Il la suivit jusqu’au village Dont les toits fument dans le soir, À l’heure où l’angelus propage Du ciel aux champs un peu d’espoir.

Et depuis, tandis qu’elle chante En filant le lin pur des jours, Il cherche, pour que Dieu les tente, Ceux qui pleurent aux carrefours ;

Et, leur prenant la main, les mène Au seuil béni de sa maison D’où volent, conjurant la haine, L’hymne de joie et l’oraison.