French poem
Pour narguer la mort
by Stuart Merrill (1863–1915)
La Mort, par les chemins, Amour, est en maraude. L’entend s-lu, là, qui rôde En soufflant dans ses mains ?
Quelqu’un pousse la porte : C’est comme un bruit mouvant De cloches dans le vent. Que Dieu nous réconforte !
Voici hurler le chien Qui tire sur sa chaîne, Sentant sur lui l’haleine De la Reine du Rien.
Mais nous sommes ses maîtres ! Louche, elle peut venir De sa bouche ternir Les vitres des fenêtres.
N’es-tu pas sur le seuil, Riant de sa menace, Amour, et face à face Narguant Celle au cercueil ?
J’entends un rat qui ronge Quelque chose en la nuit. La lampe à peine luit. Une âme est là qui songe.
Et j’écoute en rêvant L’appel lointain des cloches Ou le bruit des pas proches, Selon que vient le vent.
La Camarde, à voix forte, Crie aux gens qu’elle a faim. Va, souffle dans ta main ! L’Amour garde la porte !