French poem
Près du puits
by Stuart Merrill (1863–1915)
La petite étoile — goutte de feu Qui tomba dans le puits de l’auberge Quand les chiens hurlaient, ombres bleues, À la lune qui éveille les vierges — Nous la guettions comme des enfants Qui apprennent leur leçon d’amour, Ô toi dont les longs cheveux lourds, Sous mes doigts vifs te décoiffant, Se déroulèrent dans le puits de l’auberge. Souviens-toi ! Les grillons crépitaient Du haut du jardin jusqu’à la berge Où le vent à peine agitait Les linges étendus sur des cordes. L’ombre était pleine de miséricorde Là-bas, dans la forêt de la colline Où l’on dit que la Peur chemine. Et même la voix des buveurs S’était éteinte avec les lueurs Parmi les faïences, les étains et les verres Du cabaret vide comme en hiver.
Tu murmurais je ne sais quelles paroles Que j’écrasais sur la rouge corolle De tes lèvres écloses en ce juin ; Et moi, dont les mains cherchaient tes mains Pour les délier, tremblantes, de ton sein, Je répondais par d’autres paroles Dont j’ai oublié le sens incertain. Soudain nous avons entendu, Alors que j’ouvrais tes bras nus, Les buveurs en pleine turbulence Passer sur la route de la forêt Comme des souvenirs fous qu’on voudrait Étouffer dans le sang et le silence.
C’est tout. Nous nous sommes dit adieu Près du puits plein de gouttes de feu.