French poem
Pluie d’automne
by Stuart Merrill (1863–1915)
Ô pluie, douce pluie sanglotante Qui éveilles ma peine comme des larmes de mère — Pluie si froide, larmes si amères ! — Dans le crépuscule où nul oiseau ne chante,
Ne cesseras-tu ton tintement monotone Sur le toit de ma maison aux vieilles tuiles D’où se sont envolées vers de lointaines îles Les hirondelles que rebrousse le rude automne ?
Près de l’âtre où éclatent en fleurs de flamme les bûches Je lis des histoires tristes de très vieilles reines Qui me font oublier les anciennes semaines Où les abeilles bourdonnaient dans les ruches.
Dehors les tourterelles ouvrent large leurs ailes Pour recevoir le baptême sacré de la pluie, Et les poules secouent leurs plumes dans la grange où s’ennuient, Griffant parfois la paille, les chats roulés pêle-mêle.
Personne, à cette heure, ne passera sur la route, À moins que la mendiante à la chevelure rousse Ne vienne, avec son geste qui craint qu’on la repousse, Quêter un peu de pain, comme le remords cherche l’absoute.
Au fond de la salle sombre, je me sens seul au monde, Ce soir où les cheminées ont une odeur de suie, Et je demande en vain son secret à la pluie Qui me fait presque pleurer comme un enfant qu’on gronde.
Le secret de la pluie est-il celui des larmes ? — Pluie si froide, larmes si amères ! — Ah ! réponds, cœur d’enfant sur qui pleure une mère, Le secret de la pluie est-il celui des larmes ?