French poem
Parfums aimés
Quand par la nuit, comme un voleur, Désertant l’énervante alcôve, De tes bras altiers je me sauve Sans force, sans voix, sans chaleur.
Quand je me hâte en la nuit froide, Le front pâle, les yeux rougis, Fiévreux, regagnant d’un pied roide Tristement mon triste logis.
Lorsque je fends l’ombre funèbre À pas indécis, plein d’émoi, Doucement je songe à part moi… L’horreur des minuits m’enténèbre.
Emmitouflé dans ce manteau D’ombres propice aux songeries, Je vais savourant le gâteau Des ressouvenances chéries.
Sans souci des rôdeurs du soir Me dévisageant d’un air drôle, Sans voir la brute qui me frôle Et qu’au ruisseau l’alcool fait choir,
Sans voir la fille qui sautelle Aux cadences de ses satins, Sans répondre aux mornes catins Dont le sourire s’empastelle,
Par ton image protégé, (Telle une image tutélaire !) Je fuis, ton souvenir logé Sur ma peau, — comme un scapulaire.
Aux toits s’encolère le vent, Lamentable, la girouette S’endiable, grince, pirouette Sous le ciel noir qui va pleuvant.
Dans sa robe de pénitente Là-haut la lune a l’œil mauvais. Que m’importe ! Je vais, je vais Les nerfs dolents, la chair contente.
Ton arôme vivace et fort Dans ma chevelure se joue, L’âme de tes caresses dort Sur mes lèvres et sur ma joue.
Au sein des brumes, par la nuit, Sur mes pas ton bouquet s’étale Et de ta chair, pulpe et pétale, Le chœur subodorant me suit.
Chœur qui me grise et me protège De tous ses esprits parfumés ! — Dans ces senteurs, tendre cortège, Je m’avance, les yeux fermés.
Croyant encor, sous le ciel d’encre, Être blotti dans ton chignon, Au creux de tes seins, port mignon Où mes désirs ont jeté l’ancre.