Versos French Tristan L’Hermite Les vains plaisirs

French poem

Les vains plaisirs

by (1601–1655)

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FILS de la nuict & du silence, Qui d’vne aimable violence Charmes les soucis des Humains, Quand sur le crespe de tes aisles Tu viens de tes humides mains Clore doucement nos prunelles : Sommeil, entre les Immortels Tu merites bien des Autels.

L’homme lassé de l’exercice, Periroit sans ton bon office ; C’est toy Sommeil qui le remets. Et tandis que le corps repose, À l’Esprit qui ne dort iamais Tu contes tousiours quelque chose ; Et dépeins encore à ses yeux La Mer, ma Campagne & les Cieux.

Bien que le Soleil soit sous l’Onde, Par ta grace il void tout le monde Ainsi qu’à la clarté du iour. Il court soudain toute la Terre Et trouue mille objects d’Amour, De chasse, de paix, ou de guerre, Ressentant selon tes desirs Des maux feints, ou de faux plaisirs.

Par ta faueur i’ay veu Clymene Mais plus belle & moins inhumaine Qu’elle n’auoit iamais esté. Rien ne marchoit dessus ses traces Pour tenir l’œil sur sa beauté, Qu’Amour, la Ieunesse, & les Graces Et mille autres diuins appas, Qui vont tousiours deuant ses pas.

Auec vn sousris qui se iouë Dans les follettes de sa iouë, La Belle m’a tendu les mains : M’a dit d’vne voix angelique, Quite tous ces soins inhumains Et cette humeur melancholique, Tes iours de larmes sont passez Et tous tes vœux sont exaucez.

Ô mon Astre, ô ma belle Reine Daignez-vous conuertir ma peine En vn contantement si doux ? Vous m’honorez assez de croire Que i’aime à soupirer pour vous, Et que ie tiens à plus de gloire De mourir deuant vos beaux yeux, Que de viure auecque les Dieux.

Mes deuoirs ne vous touchoient guere Quand vous craignez que le vulguaire Parlast contre vostre beauté : Alors moins sage que vous n’este Auiez vous bien la lascheté De craindre ce Monstre à cent testes, Qu’vn de vos regards seulement Pourroit charmer en vn moment ?

Ie considere à ces paroles, Ses yeux, mes deux cheres idoles Qui s’abbaissent honteusement : Clymene me fait mille plaintes, Et m’enseigne insensiblement Qu’il est temps de bannir nos craintes Et de rappeller nos desirs, À la recolte des plaisirs.

Le sang au visage luy monte, De roses l’amour & la honte Couurent les beaux Lys de son teint ; Ie presse celle de sa bouche, Et d’vne ardeur bruslante atteint Ie la faits tomber sur sa couche, Où par mille plaisirs charmez Nous demeurons tous deux pasmez.

Mais comme mon bon-heur me noye, Et que ie me fonds tout en ioye, L’Aurore qui fond toute en pleurs, Me surprenant sur ces rapines Descouure beaucoup moins de fleurs Qu’elle ne me couuvre d’espines ; Alors que le grand bruict du iour M’esveille, & trahist mon amour.

Le Soleil en venant de naistre S’est introduit par ma fenestre Afin d’en chasser mon espoir, Desia sa lumiere importune Monte dessus mon lict pour voir Si i’ay quelque bonne fortune, Et rid de voir qu’auec les bras Ie la cherche en vain dans mes draps.

Que le sort de l’homme est volage, Il ne luy monstre bon visage Que pour le tromper à l’instant : S’il souffre ce n’est point mensonge, Mais s’il aduient qu’il soit contant Il trouue que ce n’est qu’vn songe Dont la veine felicité Disparoist deuant la clarté.