Versos French Albert Mérat Dessous de bois

French poem

Dessous de bois

by (1840–1909)

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L’ombre bleuâtre & claire au milieu des allées, Comme un long voile plein de taches étoilées, Cache à peine la terre & flotte avec douceur ; Le soleil, en rayant la légère épaisseur, Forme des réseaux d’or où palpitent mes rêves. Les frênes aux bourgeons rouges du sang des séves Frissonnent. Les bouleaux, à leur feuillage blanc Prenant la brise, en font un murmure tremblant Que le buisson répète au brin d’herbe qui rampe. Comme des doigts levés au devant d’une lampe, Les rameaux délicats au devant du soleil Laissent filtrer l’éclat du jour tendre & vermeil. L’air lascif est chargé de poussières errantes. Les pommiers, bouquets blancs d’étoiles odorantes, Que le printemps attache à son corsage vert, À travers l’éclaircie ardente du couvert, Derrière les troncs fins & les branches mal closes, Luisent, dans les vergers, auprès des maisons roses. Calmes, faisant un fond délicat au tableau, Transparaissent plus loin le ciel, la terre, l’eau : Car le fleuve déroule au pied des bois tranquilles Ses anneaux lumineux & longs entre les îles, Et semble, au dernier plan, un mince serpent d’or. Une vapeur de nacre, où blanchissent encor Les fleurs peintes d’hier, presque déjà séchées, Qu’avril de ses pinceaux riants avait touchées, Semble continuer la pente du chemin ; Et, d’une lieue, on croit toucher avec la main, Modelant l’horizon sur les collines blondes, Le velours ondoyant des verdures profondes.