Versos French Albert Mérat En soirée

French poem

En soirée

by (1840–1909)

Listen in the reader

Dans la pièce petite avec peine agrandie, Pendant que l’on jouait hier la comédie, Et qu’un docteur en droit ondoyant et divers Faisait au docteur Faust dire ses propres vers, Je regardais (le monde a des heures clémentes), À quelques pas de moi deux épaules charmantes, De trente ans, l’âge habile à se décolleter, Que dans un vers durable on eût voulu sculpter, Et sans voir la figure évidemment divine. Je lisais sa beauté comme un mot qu’on devine À la blancheur, à l’or des cheveux sur le cou, À la robe tombante, hélas ! à rendre fou, À cette odeur d’amour dangereuse aux plus sages, Qui légère, la nuit, s’élève des corsages. Je rêvais, quand parut, ô quinze ans inouïs ! Auprès de ce blé mûr la pâleur du maïs, Une blonde, une enfant étrange, Marguerite, Ayant son âme vierge en ses grands yeux écrite, Dont la robe montante et toute blanche aussi Était d’une blancheur différente, et voici, (Tant des deux blonds exquis l’antithèse était vive ! ) Que je sentis aller mon cœur à la dérive, Et mon rêve, tremblant de faire un choix peu sûr, N’osa pas préférer le maïs au blé mûr.