French poem
Enterrement parisien
by Albert Mérat (1840–1909)
L’enterrement passait au milieu des baraques.
Il pleuvait, et le vent ridait la boue en flaques. On entendait, bruyants dans leurs rébellions, Des tigres miauler et rugir des lions. Le morne boulevard, défoncé, long à suivre, Éclatait d’oripeaux et de refrains de cuivre. Sur le ciel quelque mât effilait un trait fin, Et l’on allait toujours, et l’on allait sans fin. Malgré soi, le regard que suivent les pensées Se retournait pour voir les choses dépassées, Et, de chaque côté, froid et brouillé par l’eau, Surprenait un détail, tout un coin de tableau : Dans l’écart d’une toile et d’un portant de planche Un enfant en pierrot montrant sa face blanche ;
Ou, tournée en musique, avec des gens en l’air, La bascule allongeant son grand orbe de fer. Comme une obsession qu’on chasse et qui persiste, Le contraste durait, parisien et triste.
Vers le bout de la fête, on dut encor passer Devant une parade en train de commencer. Les hommes étaient là, gonflant leur maillot rose ; Et les femmes, semblant penser à quelque chose, Belles d’une beauté prise je ne sais où. Ramenaient un lambeau de gaze sur leur cou. Le vieux pitre crevait dans sa peau d’écarlate ; Et tous, lutteurs campés pour la lutte à main plate, Danseuses frissonnant dans leur jupe à paillons, Enfants heureux d’avoir ce clinquant de haillons, Incroyables fanés, muscadins en délire. Dames du Directoire et du premier Empire Arrêtant sur leur bouche, en un commun accord, Le rire commencé, saluèrent la mort.