French poem
À La Chapelle
by Aristide Bruant (1851–1925)
Quand les heur’ a tomb’nt comm’ des glas, La nuit quand i’ fait du verglas Ou quand la neige a s’amoncelle, À la Chapelle,
On a frio, du haut en bas, Car on n’a ni chaussett’s, ni bas ; On transpir’pas dans d’la flanelle, À la Chapelle.
On a beau s’payer des souliers. On a tout d’mêm’ frisquet aux pieds, Car les souliers n’ont pas d’semelle, À la Chapelle.
Dans l’temps, sous l’abri, tous les soirs, On allumait trois grands chauffoirs, Pour empêcher que l’peupe i’ gèle, À la Chapelle.
Alors on s’en foutait du froid ! Là-d’ssous on était comm’ chez soi, El’ gaz i’ nous servait d’ chandelle. À la Chapelle.
Mais l’ quartier d’venait trop rupin Tous les sans-sou, tous les sans-pain Radinaient tous, mêm’ ceux d’ Grenelle, À la Chapelle.
Et v’là porquoi qu’ l’hiver suivant On n’ nous a pus foutu qu’ du vent, Et l’ vent n’est pas chaud, quand i’ gèle, À la Chapelle.
Aussi, maint’nant qu’on n’a pus d’ feu, On n’se chauff’ pus, on grinche un peu… I’ fait moins froid à la Nouvelle À la Chapelle.