Versos French Aristide Bruant À La Villette

French poem

À La Villette

by (1851–1925)

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Il avait pas encor’ vingt ans, I’ connaissait pas ses parents, On l’app’lait Toto Laripette, À la Villette.

Il était un peu sans façon, Mais c’était un joli garçon : C’était l’pus beau, c’était l’pus chouette, À la Villette.

Il était pas c’qu’y a d’mieux mis, Il avait pas des beaux habits, I’ s’rattrapait su’ sa casquette, À la Villette.

Il avait deux p’tits yeux d’souris, Il avait deux p’tits favoris Surmontés d’eun’ fin’ rouflaquette, À la Villette.

Yen avait pas deux comm’ lui pour Vous parler d’sentiment, d’amour ; Y avait qu’lui pour vous fair’ risette, À la Villette.

Il avait un gros chien d’bouvier Qu’avait eun’ gross’ gueul’ de terrier, On peut pas avoir eun’ levrette, À la Villette.

Quand i’ m’avait foutu des coups, I m’demandait pardon, à g’noux, I m’app’lait sa p’tit’ gigolette, À la Villette.

De son métier i’ faisait rien. Dans l’jour i’ balladait son chien, La nuit i’ rinçait la cuvette, À la Villette.

I’ f’sait l’lit qu’i’ défaisait pas, Mais l’soir, quand je r’tirais mon bas, C’est lui qui comptait la galette, À la Villette.

Quéqu’fois, quand j’faisais les boul’vards, I’ dégringolait les pochards. Avec le p’tit homme à Toinette, À la Villette.

I’ m’aimait autant que j’l’aimais, Nous nous aurions quittés jamais Si la police était pas faite, À la Villette.

Ya des nuits oùsque les sergots Les ramass’nt, comm’ des escargots, D’la ru’ d’Flande à la Chopinette, À la Villette.

Qu’on l’prenn’ grand ou p’tit, rouge ou brun, On peut pas en conserver un : I’s s’en vont tous à la Roquette, À la Villette.

La dernier’ fois que je l’ai vu, Il avait l’torse à moitié nu, Et le cou pris dans la lunette, À la Roquette.