French poem
À Montpernasse
by Aristide Bruant (1851–1925)
Alle avait pus ses dix-huit ans, All’ ’tait pus jeune d’puis longtemps, Mais a faisait encor’ la place, À Montpernasse.
En la voyant on savait pas Si c’était d’la viande ou du gras Qui ballottait su’ sa surface, À Montpernasse.
Alle avait quéqu’s cheveux graisseux, Perdus dan’ un filet crasseux Qu’avait vieilli su’ sa tignasse, À Montpernasse.
Alle avait eun’ robe d’reps noir, L’matin ça y servait d’peignoir, La nuit ça y servait d’limace, À Montpernasse.
A travaillait sans aucun goût ; Des fois a faisait rien du tout, Pendant qu’ j’étais dans la mélasse, À Montpernasse.
En vieillissant a gobait l’vin, Et quand j’la croyais au turbin, L’soir, a s’enfilait d’la vinasse, À Montpernasse.
Pour boire a m’trichait su’ l’gâteau, C’est pour ça qu’ j’y cardais la peau Et que j’yai crevé la paillasse, À Montpernasse.
Depuis que j’l’ai pus j’me fais vieux, Et pendant qu’a m’attend aux cieux, J’rends quéqu’s servic’ à Camescasse, À Montpernasse.