French poem
À la place Maubert
by Aristide Bruant (1851–1925)
Je m’demande à quoi qu’on songe En prolongeant la ru’ Monge, À quoi qu’ça nous sert Des esquar’s, des estatues, Quand on démolit nos rues, À la plac’ Maubert ?
L’été nous étions à l’ombre, C’était coquet, c’était sombre ; Quand l’soleil, l’hiver, Inondait la capitale, L’jour était encor’pus sale, À la plac’ Maubert.
Quand on n’avait pas d’marmite, On bouffait chez l’pèr’ Lafrite Pour un peu d’auber : Le soir on l’vait eun’ pétasse… Un choléra sans limace, À la plac’ Maubert.
Pour trois ronds chez l’pèr’ Lunette, Où qu’chantait la môm’ Toinette, On s’payait l’concert : Pour six ronds au Château-Rouge, On sorguait avec sa gouge. À la plac’ Maubert.
Aussi, bon Dieu ! j’vous l’demande Quand yaura pus d’ru’ Galande, Pus d’Hôtel Colbert, Oùsque vous voulez qu’i’s aillent Les purotins qui rouscaillent À la plac’ Maubert ?
Qu’on leur foute au moins des niches, Comme on en fout aux caniches, Qu’i’s soy’ à couvert Sous quèqu’ chos’ qui les abrite Quand i’s trouveront pus d’gîte À la plac’Maubert.
Car quand i’s r’fil’ront la cloche, I’s auront tous dans leur poche El’ surin ouvert, Et c’jour-là, mes camarluches, La nuit gare aux laqu’reauxmuches De la plac’ Maubert.