French poem
À La Glacière
by Aristide Bruant (1851–1925)
C’était l’pus beau, c’était l’pus gros, Comm’ qui dirait l’Emp’reur des dos, I’ gouvernait à la barrière, À la Glacière.
Son pér’, qu’est mort à soixante ans, L’avait r’levée aussi dans le temps ; Sa mère avait été daufière, À la Glacière.
Lui, quand il était tout petit, I’f’sait des galipet’s dans l’lit D’la Bièv’, qu’est eun’joli’rivière, À la Glacière.
Plus tard i’conduisit les veaux, Après i’fit trotter les ch’vaux, En s’agrippant à leur crinière, À la Glacière.
Quand i’fallait r’cevoir un gnon, Ou bouffer l’nez d’un maquignon Il était jamais en arrière, À la Glacière.
I’ racontait, avec orgueil, Qu’i’ s’avait fait crever un œil, Un soir, au coin d’eun’ pissotière, À la Glacière.
I’ parlait aussi d’un marron… D’eun’ nuit qu’on yavait sonné l’front Ça yavait r’tourné la caf’tière, À la Glacière.
I’ vient d’tomber comme un César, Comme un princ’ du sang, comme un czar On l’a crevé la s’main’ dernière, À la Glacière.
C’est pas un gros, c’est un p’tit mac Qui ya mis d’ l’air dans l’estomac. En y faisant eun’ boutonnière, À la Glacière.
C’était l’pus beau, c’était l’pus gros, Comm’ qui dirait l’Emp’reur des dos, I’ gouvernait à la barrière, À la Glacière.