French poem
Aux Arts Libéraux
by Aristide Bruant (1851–1925)
C’est rigolo c’qu’on a d’la chance : Moi, qu’tous les hivers ej’ gelais. Moi, que j’couch’ dehors ed’ naissance. Me v’là que j’couch’ dans un palais. V’là qu’au lieur ed’ filer la cloche La nuit, avec un tas d’maqu’reaux Avec qui que j’pass’ pour un broche, Ej’ demeure aux Arts Libéraux.
Là où qu’on m’salu’ quand que j’rentre. Là où, quand mêm’ que j’s’rais fauché, Ej’ suis sûr de m’coller dans l’ventre Un’ mouis’ par-dessus l’marché. L’ matin, ça chauff’ la gargamelle, C’est girond la soupe aux poireaux ! Avant d’m’attacher un’ gamelle, Ej’ déjeune aux Arts Libéraux.
Vrai, c’est déjà rupin qu’on coupe À la comèt’, mais nom d’un chien, On vous fout du coke et d’la soupe Comm’ si qu’on l’aurait poure rien ; Et pis on en r’çoit des visites : Des Présidents, des Généraux. Des miniss’s qui pay’nt les marmites ! C’est rien bath aux Arts Libéraux,
Quand i’s ont vu que l’thermomètre Était à quinze au-d’ssous d’zéro, I’s s’sont dit : « On va leur z-y mettre Un’ soup’ dans l’ventre et un bras’ro Oùs qu’i’s pourront s’sécher les fesses Et s’réchaufter les pectoraux. » C’est bath : … mais ça manque d’gonzesses. Yen a pas aux Arts Libéraux.
Mais faut pas chiner la boutique. Nom de Dieu ! c’est vraiment chouetto ! On peut dir’ que la République Est un gouvernement costeau. Dame, au lieur ed’ passer la sorgue À m’chauffer l’cul aux soupiraux, Mézigo va bâcher son orgue : Ej’ demeure aux Arts Libéraux.