French poem
Question capitale
by Aristide Bruant (1851–1925)
Je l’sais, la justice est utile, Mais ya des chos’s à réformer. Assurément c’est difficile, Faut ajouter… faut supprimer… Mais respectons la loi humaine, Aussi, j’te l’dis : Primo, d’abord, I’ faudrait abolir la peine
De mort… As-tu lu l’histoir’ de c’tte femme Qu’on a dét’nu’ pendant sept ans À Clermont ?… puis v’là qu’on proclame Son innocence… il est ben temps !… Pauvr’ femm’ qu’avait tant d’chos’s à dire Et qui n’avait pus l’droit d’parler… Crois-tu qu’c’en était un’ martyre ! Crois-tu qu’on fait bien d’engueuler C’t expert qu’avait cru voir un’ mouche Dans les viscèr’s de son mari !… Fallait-i’ qu’i’s en ay’un’couche Ceux qu’ont sout’nu ça d’vant l’jury !… Eh ben !… voilà… suffit qu’un âne Charg’ l’accusé, dans son rapport, Pour que la justic’ le condamne
À mort… Et si la femm’, seule, était morte, Oxydé’ par le four à chaux, L’instruction faisait en sorte De culpabiliser Druaux. Sûr qu’i’ n’y coupait pas… et, comme Les trois experts étaient d’accord, La cour aurait condamné l’homme
À mort !…