French poem
Ii
by Charles-Théophile Féret (1858–1928)
Le lointain bouclier d’une vitre éclatante Renvoyait au soleil ses feux roses et pers. J’attendais une femme, et j’écrivais des vers. L’heure sonna, ma main s’énervait de l’attente.
La femme ne vint pas. Pour un ruban peut être? Un autre amant?... Ah! fausse, il fallait accourir, Etre très belle pour me faire mieux souffrir, Crier ta trahison... j’eusse clos la fenêtre.
Je passais le joujou des rimes à la ponce. Sur ma table, la brise agrippe des papiers. Dans la rue, un abbé les ramasse à ses pieds, Les parcourt, marque ma fenêtre, et me dénonce.
J’étais perdu. J’avais écrit pour des libraires, Cette espèce qui nous déshonore à bas prix. Messieurs de la Grand’Chambre, au vu des manuscrits, Pour lèse-majesté divine m’adjournèrent.
Et je fus convaincu par arrêt, sur la plainte Du Procureur, après qu’ils m’eurent bien tordu! D’avoir plongé honteusement au vase indu, Morgué l’honneur de Dieu, de l’Eglise, et des Saintes;
Très méchamment blessé par malice aggravante Le sein sans tache où le Corps-Dieu prit son berceau, «En l’infâme Sonnet, cy placé sous le sceau, «Qui fut dans le ressort de la cour mis en vente.»