French poem
Rose Harel servante à Lisieux
by Charles-Théophile Féret (1858–1928)
Longue oreille de cuir, Peau d’âne Patauge aux bourbiers des dindons. Mais quand la nuit, dans sa cabane, Ne l’insultent plus les fredons Des porchers, mille corindons Flambent ! Une fée opportune Vêt sa chair, piquée aux chardons, D’une robe couleur de lune.
Ses pauvres doigts, truffés de tannes, Pour tout luth raclant ses bidons, Rose aussi tout le jour ahane. Puis sur l’humble tablier, dont L’extase brise le cordon, À la rêveuse sans pécune Une Muse aussi fait le don D’une robe couleur de lune.
Mais nasillard comme une cane, Son vers boîte et traîne bedon. « Gloire à la lyre paysanne ! » Rose, aux brocards préfère donc Notre silence — ce pardon, — Aux stèles la fosse commune, Dont la nuit drape l’abandon D’une robe couleur de lune.
Pour tes vers — ta pire infortune — Dans ta main qui sent le gardon Notre pitié comme une thune ! Et Dieu te fasse au ciel guerdon D’une robe couleur de lune.