French poem
Rossignol
by Charles-Théophile Féret (1858–1928)
Les velours fastueux du soir drapent le fût Bleuissant des vieux ormes ; Et les bois apaisés ont des soupirs confus De femmes qui s’endorment.
Réveillez-vous, Dryade et Nymphe ! Éveille-toi, Âme lourde et fanée, Car tu vas retrouver ce soir le jeune émoi De ta seizième année.
Déjà l’ombre tressaille, et le lyrique oiseau, Aussitôt qu’il prélude, Fait jaillir une source et trembler un roseau Dans le cœur le plus rude.
Mais, aux Muses sacré, crains de troubler ce lieu Et la branche fidèle Où revient chaque nuit se révéler un dieu, Et se cacher une aile.
Car l’ombre seule est sûre au chanteur ; et le sang Dont cette plume est rousse Enseigne que toujours le caillou du méchant Vise la gorge douce.
De geais rauques et bleus la gloire aime assortir Les clinquants de sa jupe : Ô flûte d’or, éteins les muables saphirs, Avec les sottes huppes.
Et puisque doit l’hiver, sous un buisson, mouler La neige à ton squelette, Que l’orgueil du génie enfle aux plus hautes clefs Ton gosier de poète.
Chante comme le vent sur l’orgue des roseaux ; Et, pour t’ouïr, soudaines, Qu’à leurs glauques plafonds les déesses des eaux Surgissent jusqu’à l’aîne.
Pour les Dames d’antan, que préserve un sonnet Vendosmois de la cendre, Chante, et pour l’aubépin, dont s’aime couronner L’Ombre qui fut Cassandre.
Celui, dont le chant doit périr, chante à l’écart. Chante ! — Aux célestes portes, — Chante si doucement — que se penche Ronsard, Et t’approuve Desportes.