French poem
Cvii
by de Meun Jean
Comment Pygmalion demande Pardon, en présentant l'amande A son ymage, des paroles Qu'il dit d'elle, qui sont trop foles.
Pymalions lors s'agenoille, Qui de lermes sa face moille, Son gage tent, si li amende; Mais el n'a cure de s'amende, Car el n'entent riens, ne ne sent, Ne de li, ne de son présent, Si que cil crient perdre sa paine Qui de tel chose amer se paine.
Tandis qu'ils rêvent aux doux jeux 21963 Qu'attendent tous les amoureux Et d'un baiser et d'autre chose; Pour moi toute espérance est close. Car si je veux me contenter, L'accoler, baiser et flatter, Je trouve ma mie aussi froide Qu'un ais de bois et aussi roide; Quand je l'effleure d'un baiser Je sens ma bouche se glacer. Hé! pardonnez, ma douce amie, Ma rudesse et mon infamie; Frappez-moi, point ne m'épargnez; Car du moment que vous daignez Me regarder et me sourire, Cela me doit, je crois, suffire, Car doux regard et ris piteux Sont aux amants délicieux.