French poem
Lxxvii
by de Meun Jean
Ci l'Amant trouve en la ehambrette De la tour, qui était secrète, Bel-Accueil tous ses vux s'offrant A combler, grâce à Faux-Semblant.
Lors je m'incline à sa venue, Et lui aussi me resalue Du chapel me remerciant: «Sire, lui dis-je, tel présent Ne vaut pas qu'on me remercie; Mais mille grâces, sur ma vie, Vous dois, pour m'avoir fait l'honneur De l'accepter de si grand cœur: Et s'il vous plaît, j'ose le dire, Rien n'ai qui ne soit vôtre, sire, Pour faire tout votre vouloir, En dût-on rire ou bien douloir.
Tout me voil à vous aservir 15395. Por vous honorer et servir, S'ous me volés riens commander, Ou sans commandemens mander; Ou s'autrement le puis savoir, G'i metrai le cors et l'avoir, Voire certes l'ame en balance, Sans nul remors de conscience: Et que plus certains en soiés, Ge vous pri que vous l'essaiés;. Et se g'en fail, jà n'aie joie De cors, ne de chose que j'oie.
Bel-Acueil.
Vostre merci, dist-il, biau Sire: Ge vous revoil bien ausinc dire Que se j'ai chose qui vous plese, Bien voil que vous en aiés ese: Prenés en néis sans congié, Par bien et par honor cum gié.
L'Amant.
Sire, fis-ge, vostre merci, Cent mile fois vous en merci, Quant ainsinc puis vos choses prendre, Dont n'i quier-ge jà plus atendre, Quant ci avés la chose preste, Dont mes cuers fera gregnor feste Que de tretout l'or d'Alixandre. Lors m'avançai por les mains tendre A la Rose que tant désir, Por acomplir tout mon désir:
Que votre volonté commande 15573. Ou que sans ordonner demande, Tout me veux à vous asservir Pour vous honorer et servir; Que vos désirs sans plus je pense, Je mettrai tout en la balance[97b] Pour les combler, avoir et corps, Voire l'âme sans nul remords. Et si vous en doutez, sur l'heure Essayez-en, et que je meure Ou que je ne goûte jamais Bonheur de rien, si j'y manquais!
Bel-Accueil.
Grâces vous rends, dit-il, beau Sire, Et de même je veux vous dire: Si j'ai rien que vous désiriez, Je veux aussi qu'aise en ayez, Tout bien, tout honneur, tire à tire, Comme-moi prenez-en donc, sire.
L'Amant.
Je vous rends grâces, fis-ge, aussi, Cent mille fois vous dis merci D'ainsi pouvoir vos choses prendre. Je n'osais de vous plus prétendre, Car la chose avez prête là, Dont mon cœur grand' fête fera Plus que de tout l'or d'Alexandre.» Lors m'avançai pour les mains tendre A cette Rose que mon cœur Désirait avec tant d'ardeur,
Si cuidai bien à nos paroles 15423. Qui tant ierent douces et moles, Et à nos plesans acointances, Plaines de beles contenances, Que trop fust fait legierement; Mès il m'avint tout autrement.