Versos French de Meun Jean Xxxix

French poem

Xxxix

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Comment le mauvais empereur NÈron, par sa grande fureur Devant lui fit ouvrir sa mËre Et la livrer ‡ mort amÈre, Pour que par lui f˚t le lieu vu O˘ il avait ÈtÈ conÁu.

Eh bien, que Fortune ainsi fasse, Les bons qu'elle avilisse, efface Et qu'aux mÈchants donne l'honneur; Car de Socrate dans ton coeur Tu dois avoir gardÈ l'image, De ce vaillant homme, ce sage Que j'aimais, et qui tant m'aimait Qu'en tous ses faits me consultait.

Mains exemples en puis trover, Et ce puet-l'en tantost prover, Et par Seneque et par Neron, Dont la parole tost leron, Por la longor de la matire. Car ge metroie trop ‡ dire Les fais Neron le cruel homme, Comment il mist les feus ‡ Romme, Et fist les Senators occiere. Cis ot les cuers plus durs que pierre. Quant il fit occire son frere, Et si fist dÈmembrer sa mere, Por ce que par li fust vÈus Li lieus o˘ il fu concÈus; Et puis qu'il la vit desmembrÈe, Selonc l'istoire remembrÈe, La biautÈ des membres jugea. HÈ Diex! cum si felon juge a! Onc des iex lerme n'en issi, Car li livres le dit ainsi. MËs si cum il jugoit des membres, Commanda-il que de ses chambres Li fÈist-l'en vin aporter, Et but por son cors deporter. MËs il l'ot ainÁois congnÈue: Sa seror ravoit-il ÈuÎ, Et bailla soi mÈisme ‡ homme Cis desloiaus que ge ci nomme.

Seneques mist-il ‡ martire, Son bon mestre, et li fist eslire De quel mort morir il vorroit. Cil vit qu'eschaper n'en porroit,

Au reste, maint exemple on treuve, Et je vais t'en donner la preuve Et par SÈnËque et par NÈron. Or je n'ai pas l'intention Ici de retracer l'histoire Des forfaits, qu'‡ notre mÈmoire Les anciens ont pu rapporter. Trop long serait de te conter Comment NÈron, le cruel homme, Mit ‡ feu la ville de Rome Et fit pÈrir maint sÈnateur. Plus dur que pierre Ètait son coeur, Quand il fit occire son frËre, Quand il fit dÈmembrer sa mËre, Pour que par lui f˚t le lieu vu O˘ il avait ÈtÈ conÁu; Et lorsqu'il la vit dÈmembrÈe, Suivant l'histoire demeurÈe, La beautÈ des membres jugea. Ha Dieu! quel fÈlon juge l‡! Pas une larme sa paupiËre Ne vint mouiller; mais au contraire L'histoire dit que, contemplant Ce corps mutilÈ, pantelant, Il fit apporter de sa cave Du vin, et but joyeux et brave. Du reste, avant la connaissait, Sa propre soeur sÈduite avait Et se livrait soi-mÍme ‡ l'homme Ce monstre qu'ici je te nomme. Il fit de SÈnËque un martyr, Son bon maÓtre, et lui fit choisir Comme il voulait quitter la vie, Tant cruel Ètait cet impie!

Tant par ert crueus li maufÈs: Donc soit, dist-il, uns bains chaufÈs, Puis que d'eschaper est nÈans, Si me faites seignier lÈans, Si que ge muire en l'iaue chaude, Et que m'ame joieuse et baude A Diex qui la forma ge rende, Qui d'autres tormens la defende.

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