French poem
Saon
by Édouard Ducoté (1870–1929)
Vantez à d’autres que moi Solon et sa prétendue sagesse. Le cas de Crésus fut le mien. Bien que pauvre auprès de ce roi j’ai commencé par la richesse, et misérable fut mon déclin.
Lorsque Crésus était lié sur le bûcher, Solon le railla sans pitié sur la perte de ses trésors. — Vois aujourd’hui le prix de l’or, lui criait-il. Ô vanité de l’opulence ! — Le monarque se tut et l’on conclut de ce silence qu’il devait être convaincu. Mais on oublie que l’infortuné roi de Lydie était environné de flammes, posture peu propice à disserter morale. Sans doute, en tout autre moment, il aurait répondu comme j’ai pu le faire (la race de Solon accable la misère) :
— Quand le soleil s’enfonce à l’occident, bien après son départ, le jour persiste encore, après que le battant a cessé de frapper vibre longtemps l’airain sonore. Les biens que j’ai perdus, je les ai possédés ; je fus heureux et m’en souviens. Ce que je fus, tu ne l’as pas été, et tu ne te rappelles rien.