French poem
Andrine
by François Bérenger de La Tour d'Albenas
Nimphes qui par ces forestz De Cerez, Souffrez en voz ames naistre Le feu, par qui vous bruslez, Et voulez. La fureur d'amour congnoistre.
L'amour dont parler je vois Mille fois Son arc contre vous desbande: Nourrissant vous cueurs d'esmoy. Quant à moy, Point ne suis de vostre bande.
De ce traict qui tant vous poingt, Je n'ay point La force encor esprouvée: L'aveugle Dieu qui vous fiert Bien me quiert, Mais encor ne m'ha trouvée.
Seulle me puis estimer Sans aymer Et veux bien souffrir qu'on m'ayme: Car ce m'est grand heur d'avoir Le pouvoir Sur autruy et sur moy mesme.
Qu'on blasme de cruauté Ma beauté, Et que suis fiere et sauvage, Il me vaut mieux l'estre aussi En cecy Que trop douce à mon dommage.
De vous toutes à l'escart Seulle à part Il me plait estre esloignée, Vostre assemblée je fuis, Et si suis Mieux que vous accompaignée.
Voz tourmens et voz ennuys Jours et nuicts Font que l'oeil de pleurs se baigne. Et ma gaye liberté M'ha esté Tousjours fidelle compaigne.
Voz cueurs de tristesse pleins Or je plaints Quand faut que l'amour y gise, Le bien qu'on ha pour aymer Est amer Au regard de ma franchise.
L'oeil et le pied sans arrest Tousjours prest Suit le train de voz pensées: Si que ne vous congnoissant Plus de cent Disent qu'estes insensées.
Le travail que vous menez, Et prenez, C'est pour au gré d'amour estre: Mieux aussi n'ont que cela Tous ceux la Qui servent si jeune maistre.
A ce Dieu il vaudroit mieux, Qu'eust les yeux Ouvertz, et par modestie Leur bandeau allast ostant Le mettant Sur plus honteuse partie.
Prenez visée hardiment Au tourment Qui en voz cueurs prend racine: Vostre grand mal bien scavez Et n'avez Cure de la medicine.
Car vous toutes qui aymez Estimez Que voz peines langoureuses Et voz travaux ne sont rien Pres du bien Qu'avez pour estr' amoureuses.
Je ne feis oncques l'essay: Bien je scay, Que la pein' y est tresgrande: Pource que l'ennuy qu'on prend Est plus grand Quand un aveugle commande.
D'amour pressée je suis: Mais je fuis Ceux, ou vostre mal consiste, Et quand se dressent à moy Je les oy: Mais le cueur tousjours resiste.