French poem
Xlvi
Donc l'Anglore, soit en cheveux, soit sur la tête un fichu rouge, les marins de Condrieu et d'Andancette la retrouvaient chaque fois au passage; si bien que, lors de la descise, dès qu'ils avaient franchi les Trois Donzelles et traversé les îles Margeries et aperçu le roc de Pierrelate: --«Allons, disaient-ils joyeux, nous allons bientôt voir au Malatra papillonner l'Anglore!» Cela seul les émoustillait plus qu'un bon coup de vin bu à la gourde. Et dès l'apercevoir, active à son travail, agitant son crible en pleine lumière, la jupe retroussée à moitié cuisse et le corsage ouvert comme une rose d'églantier qui boit le soleil: --«Ohé! lui criaient-ils en faisant signe, n'a-t-elle pas encore fait fortune, l'Anglore?» --«Aïe! pauvrette, répondait la petite, ils n'en jettent pas tant, d'or, dans l'Ardèche, ces gueux de Cévennols. Vous savez le proverbe? Un orpailleur, un pêcheur, un chasseur...»-- «Tous geigneurs!»--«C'est cela. Mais vous passez bien vite?» --«Le Rhône est fier et il n'a point d'arrêt, belle jeunesse! Mais, à la remonte, quand les chevaux tireront la cordelle, à notre retour du pays d'Argence, nous amarrerons aux troncs de la rive et nous t'apporterons des dattes... Où est ton père?» --«Au Grand-Malatra, où il vous attend... Bon voyage aux marins!»--«Adieu, mignonne!»