French poem
Xlv
A genoux ou debout dans les délaissées de l'eau, sur le rivage, tout le jour, assidue, avec son petit crible de fer elle sassait, entremêlées au sable et aux graviers, les paillettes d'or que, ténues et rares, l'Ardèche charriait après les pluies. Lavées et relavées, les paillettes légères de là s'attachaient, luisantes, à la laine d'une peau de mouton; et bien contente, la pauvre, de gagner à cela sa piécette de douze ou quinze sous, un jour dans l'autre. De ses petites soeurs et de ses frères la nichée, foulant nu-pieds l'arène morte, un ici, l'autre là, dans la rivière allaient ramasser du sable à son crible. La mère à la maison faisait la soupe ou ravaudait en leur braillant sans cesse: «Qui leur tiendrait des hardes, à ces fripeurs!» Le gros Toni, son homme, était pilote. Au Pont Saint-Esprit, où il faut connaître les gouffres et courants pour ne point se briser aux éperons des contreforts perfides, il passait les bateaux à la descente. Ils provenaient d'Aramon. Dans le Rhône remontés pour la pêche des aloses, en ce coin perdu ils s'étaient fixés, pendant la marmite en une cahute bâtie à pierre sèche au haut d'une éminence, par précaution des crues et coups d'Ardèche; car il ne faut pas rire avec cette coquine de rivière rageuse, quand elle prend l'élan, gonflée par les pluies, et qu'elle fait croître le Rhône de vingt palmes!