French poem
XVII
by Gustave Kahn
Ma mémoire fête une nativité.
Parmi la foule des pages, la dextre fleurie d’un grand lys blanc, d’autres tenant en laisse des lévriers blancs dont la tête vers la terre se baisse ; parmi les rois de haut parage dont l’escarboucle et les rubis ornent le front et les turquoises et les grenats scellent les sabres ; parmi les sages en turbans à peine vit et remue déjà esprit, déjà sourire, un enfant.
Sur la mer les frustes équipages attendent sous le soleil droit, sur les escaliers blancs des palais de marbre s’éveillent des tapis de Turquie et des soies de la Bactriane, cependant que les pâtres au long des longs sentiers, les bêlants et meuglants leur tâtant les talons, montent vers les palais de marbre froid étincelants sous la haute beauté du soleil droit.
Et les fleurettes aventurières le long des haies et les fleurs tachées de sang des champs s’éploient. Dans l’arbre lointain qui se meurt de l’Occident le rossignol des années anciennes se reprend à clamer l’antienne des vieux printemps. Des coqs chantent sans savoir pourquoi. Le souffle des bonheurs indicibles des jours filés d’or et de soie passe sur ce jour d’avril du monde.
Ô Fortune, les piastres et les sequins ruissellent lentement, lentement, comme de lèvres de nymphes, vers le populaire et l’enfançon malingre.
Des vasques merveilleuses éclairent les platanes et dans les cieux bleus où danse la nue blanche, des ménétriers angelots et les muses ailées échangent l’hymne glorieux des instruments au-dessus du palais en gaieté de firmament.