French poem
XVIII
by Gustave Kahn
C’est un pèlerin qui revient d’Orient. Il y fut chercher une fleur embaumée qu’a plantée, aux jardins d’Engaddi, jardins dessinés d’après la beauté d’Abisag et les atours dont fut dotée, Salomon, vieux magicien aux mains noircies par une prière éternelle vers la beauté.
Il est parti avec la chape et le bourdon, il a dormi le long des ruisseaux jolis qui sous les lauriers roses et sur les cailloux blancs imaginent des arabesques de libellules d’argent. Puis comme les mosquées souffraient des janissaires qui les gardent le sabre en main, il s’en revint mélancolique vers sa maison.
Il posa vers l’âtre son bâton, le bâton de la longue traversée, et puis regarda s’embraser vers lui les doux yeux qu’il aimait. Lors son bâton devint tige parfumée fleurie du grand lys blanc qu’il n’avait pu trouver.
Bon pèlerin qui reviens d’Orient, le bonheur est dans ta maison et non le long des routes sourdes d’embuscades, et le monde est mascarade auprès des doux traits si fins qui sourient dans ta maison.