Versos French Gustave Le Vavasseur Fabliau

French poem

Fabliau

by (1819–1896)

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Pierre était un bûcheron Qui n’avait que sa cognée Et tous les ans environ Ajoutait à sa lignée.

Ni plus ni moins ignorant Que sa femme Marguerite, Il n’était ni gros ni grand Ni travailleur émérite.

Il faisait mince fagot, Il gagnait salaire mince Et pour allaiter un prince On n’eût pas choisi Margot ;

Aussi le père et la mère Restaient sur leurs appétits Pour donner, dans leur misère, La becquée à leurs petits.

Comme ils buvaient de l’eau claire Bien souvent à leurs repas, La femme était débonnaire Et l’homme ne jurait pas.

Ils s’aimaient sans propos fades Et sans deviser d’amour, Ils vivaient au jour le jour, Ils n’étaient jamais malades,

Subissaient sans murmurer Le mauvais temps et le pire, Ne pensaient jamais à rire Et ne savaient pas pleurer ;

Leurs enfants, d’esprit semblables Et de corps peu différents, Furent tous de pauvres diables Comme leurs humbles parents.

Ils avaient la tête dure, L’esprit lent et routinier, Le cœur rempli de droiture Et la foi du charbonnier.

Les filles étaient honnêtes ; Sans argent et sans talents, Elles n’eurent pour galants Que leurs maris, bonnes bêtes

Et, sans hanter les savants, Mirent simplement au monde Quelques douzaines d’enfants À la face rubiconde.

Au logis craignant d’avoir À supporter trop de jeûnes, À la chasse du pain noir Les garçons partirent jeunes.

Ils quittèrent demi-nus Leurs parents ; d’esprit farouche, Ainsi qu’eux, ils firent souche De bûcherons ingénus.

Lorsque Pierre et Marguerit Moururent dans leur taudis, Leur âme vola de suite Aux portes du Paradis.

— Entrez, dit monsieur Saint-Pierre, Entrez, entrez, bonnes gens, Vous qui fûtes sur la terre Si simplement indigents,

Qui, sans faire la grimace, Avec intrépidité De la rude pauvreté Avez porté la besace.

Si dur que fut votre pain, Vous l’avez mangé sans prendre Celui de votre prochain, Ni jalouser son pain tendre ;

Sans raisonnement subtil, Sans chercher de route neuve, Vous avez subit l’épreuve Dans les sentiers de l’exil ;

Le ciel est votre royaume, C’est pour vous qu’il est écrit « Heureux les pauvres d’esprit ! » Entrez, femme, entrez bonhomme.