French poem
11 (La cour du vieil hôtel aux…)
by Jacques Normand (1848–1931)
La cour du vieil hôtel aux murailles de brique Est triste ; l’herbe y croît entre chaque pavé ; À midi seulement, le soleil élevé Jette un pâle rayon, regard mélancolique, Dans cet espace étroit où tout semble endormi. Sur les murs lézardés le lierre croît à peine, Et le toit gris attend la tempête prochaine Pour quitter la maison qu’il recouvre à demi.
Tout est vieux, tout est froid dans ces quatre murailles : On dirait que le temps s’est soudain arrêté Ici, pour fuir ailleurs ; et que tout est resté Comme au siècle où le Roy demeurait à Versailles.
Seule, une blonde enfant paraît chaque matin Pendant quelques instants à la grande fenêtre ; Ses yeux sont bleu d’azur, elle a seize ans peut-être ; Sa voix est argentine et son geste mutin. Oh ! pendant qu’elle est là, cette rieuse tête, Au sein de ce vieux monde et de ces vieux débris, Tout semble rajeunir, et ces anciens amis Soudain, à son aspect, prennent un air de fête. Le lierre rabougri monte d’un jet plus sûr ; Le toit tout crevassé coquettement se penche, Et pour mieux regarder l’apparition blanche Les oiseaux en chantant couronnent le vieux mur.