Versos French Jacques Normand 11 (L’amitié, cette étoile d’or…)

French poem

11 (L’amitié, cette étoile d’or…)

by (1848–1931)

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L’amitié, cette étoile d’or, Dans l’âme humaine luit encor ; Mais, à notre époque de doutes, Elle n’a plus cette clarté Qui jadis, dans l’Antiquité, La faisait briller entre toutes.

Oui ! plus fortunés mille fois Les anciens qui, dans les grands bois De l’Italie ou de la Grèce, Sous les portiques éclatants, Promenaient, oublieux du temps, Leur intelligente paresse !

Ils allaient, dès le jour baissé, D’un pas égal et cadencé, Roses dans leur tuniques blanches, Et, pendant qu’ils traitaient entre eux Quelque problème ténébreux, Les oiseaux chantaient dans les branches.

Ils allaient… et comme à regret Un dernier rayon se mourait Au lointain, dans la mer sonore ; Et la lune au regard de miel Dès longtemps argentait le ciel Qu’on les voyait passer encore !

Libres de temps, libres d’esprit, Ils causaient… à leur appétit Avec des lenteurs infinies, Et, dans ce commerce charmant Les amitiés, tout doucement, Naissaient comme des fleurs bénies.

Mais, en notre siècle agité, Où l’éternelle activité S’essouffle à poursuivre sa proie ; Où les temps sont durs, où les jours Se passent à chercher toujours La richesse, à défaut de joie,

La douce fleur de l’amitié Ne s’épanouit qu’à moitié Aux rayons d’un soleil avare ; Sous l’indifférence et l’oubli Tout est bientôt enseveli, Tant la tendresse se fait rare !

Prenez-y garde, ô vrais amis, Qui jadis vous êtes promis Des affections sans limite ; Soigneusement conservez-les, Ces chers trésors inviolés Dont le parfum s’enfuit si vite !

Songez, songez qu’en notre cœur Après l’Amour, ce dieu vainqueur, L’Amitié doit tenir sa place ; Plus pâle et plus frêle que lui Il lui faut un constant appui Pour résister au vent qui passe.

Contre un oubli qui le tuerait Protégez ce culte discret, Et, soucieux du vieux proverbe, Amis, vrais amis, par pitié, Sur le chemin de l’Amitié Ne laissez jamais pousser l’herbe !