French poem
12 (Aux applaudissements des masses amusées…)
by Jacques Normand (1848–1931)
Aux applaudissements des masses amusées Comme des serpents d’or, les actives fusées Poussent vers le zénith leur long col ondulé ; Elles montent très haut, toujours plus haut, demeurent Immobiles dans l'air, puis éclatent et meurent Dans l'éblouissement d’un panache étoilé.
Les flammes de Bengale et les feux d’artifice Éclairent tout à coup quelque vaste édifice, Masse blanche et tranquille au profil arrêté : C’est, pendant un moment, un savant incendie, Un assaut furieux de lumière hardie… Puis tout s’éteint : plus rien — le deuil — l’obscurité.
Tel qu’un barreau d’argent qu’un géant écartèle Seul, le double rayon de la Tour en dentelle — Dentelle en rude fer, épinglée au marteau — Se meut en trépidant à travers le ciel sombre, Tourne, hésite, s’unit, s’arrête… et tranche l’ombre Avec la netteté vibrante d’un couteau.
Et tandis que, futile et joyeuse, la foule Se répand vers les quais et lentement s’écoule, Peuple de grands enfants gris de poudre et de bruit, Droit sur ce flot humain qui s’agite et qui passe Le phare de Paris veille et fouille l’espace, Comme un œil inquiet palpitant dans la nuit.