Versos French Jacques Normand 16 (Là-bas, à l’horizon splendide…)

French poem

16 (Là-bas, à l’horizon splendide…)

by (1848–1931)

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Là-bas, à l’horizon splendide, Le soleil déjà descendu Allonge sur la mer sans ride Un dernier rayon d’or fondu.

Et malgré la nuit qui s’avance, L’œil demi-clos, les bras croisés, La belle fille de Provence Regarde les cieux embrasés.

La tête, sans chapeau ni voile, Porte un casque de lourds cheveux ; La chemise de grosse toile Moule un buste svelte et nerveux ;

Sous la pauvre jupe, ternie Par le mistral et les embruns, Se dresse, en sa double harmonie, L’humble fierté de ses pieds bruns.

— « Belle fille, quel est ton rêve ? À cette heure, en ce lieu désert, Que viens-tu chercher sur la grève ? — Je viens chercher le Rayon vert. »

Une légende provençale — Il m’en souvient — dit qu’on peut voir Parfois une lueur vert pâle Parmi les derniers feux du soir,

Et que le souhait, à cette heure, S’envolant de tout cœur blessé, De toute pauvre âme qui pleure Par le ciel est vite exaucé.

— « Belle fille, pour être heureuse, Quel est ton souhait si pressant ? » Elle dit : « Je suis amoureuse, Et celui que j’aime est absent.

« Il est au loin, à bien des lieues, Comme matelot de l’État ; Il parcourt les grandes mers bleues Sous l’ardent soleil qui l’abat ;

« Loin, bien loin de celle qui l’aime Et rêve tout le long du jour, Tout le long de la nuit, de même, À l’heure heureuse du retour.

« Rayon vert, rayon d’espérance, Apparais-moi, rien qu’un instant, Et ramène au pays de France Celui que mon cœur aime tant ! »

Mais au couchant toujours plus sombre Le dernier éclat s’est voilé ; La nuit rapide étend son ombre, Et tout espoir s’en est allé.

La belle fille, lente et lasse, Me fait un adieu de la main, Et je l’entends, à voix très basse, Dire : « Je reviendrai demain ! »

Oui ! reviens demain, pauvre amante ! Que demain, propice à tes vœux, En ce chagrin qui te tourmente, T’accorde enfin ce que tu veux !

Que ton œil inquiet le voie Ce rayon longtemps attendu Qui t’apportera tant de joie Et tout le bonheur qui t’est dû !

Mais, alors que sur cette rive, En regardant le rayon clair, Tu pourras, croyante naïve, Former le vœu qui t’est si cher,

Sois charitable, ô belle fille ! Songe, dans ton ardente foi, À toute l’humaine famille Qui souffre et pleure comme toi,

Et que ton souhait solitaire S’augmente, en arrivant au ciel, D’un peu des souhaits que sur terre Forme notre Rêve éternel !