French poem
27 (Hallali ! la bête est à…)
by Jacques Normand (1848–1931)
Hallali ! la bête est à terre ! Allons, vautours, accourez tous ! Paris roule dans la poussière :
Sur cette ville altière
Ruez-vous !
À la curée. — Allons ! qu’on profite de l’heure ! Qui vous dit que demain vous y serez aussi ? Vous vouliez de l’argent et du vin : en voici ! Qu’on mange, que l’on boive, et que l’on pille ; et meure
Celui qui n’a pas soif aussi !
À la curée ! — Allons ! assez de tyrannie ! Jetez-vous sur le riche et sucez-lui le sang ! L’or qu’on doit au travail est trop avilissant ! C’est votre tour enfin de connaître la vie :
Prenez le bonheur en passant !
Hallali ! la bête est à terre ! Allons, vautours, accourez tous ! Paris roule dans la poussière :
Sur cette ville altière
Ruez-vous !
Le Prussien a rendu votre victoire aisée : La France saigne et meurt des coups qu’elle a reçus ; Allez ! — élargissez sa blessure encor plus,
Frappez à poings fermés sur sa face brisée,
Mordez ses muscles détendus !
En ruinant Paris, vous ruinez la France ! Ce Paris orgueilleux où d’autres ont joui, Ce Paris tout entier est à vous aujourd’hui ! Vengez-vous maintenant de vos jours de souffrance !
Riez où vous avez gémi !
Hallali ! la bête est à terre ! Allons, vautours, accourez tous ! Paris roule dans la poussière :
Sur cette ville altière
Ruez-vous !
Le nom importe peu, Commune ou République Ce que vous voulez, vous qui prétendez souffrir, C’est être les plus forts, c’est l’or, c’est le plaisir ; C’est commander toujours sans refus, sans réplique ;
C’est régner et surtout jouir.
Or, voici les jours gras : vengez-vous du carême ! Reprenez aujourd’hui tout ce qu’on vous a pris. Tyrans, souvenez-vous que vous fûtes proscrits ; Bêtes, donnez au corps tout ce que le corps aime :
Jouissez ! vous avez Paris !