Versos French Jacques Normand 36 (Srouillard épais, matinée…)

French poem

36 (Srouillard épais, matinée…)

by (1848–1931)

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Srouillard épais, matinée Chagrinée. Les pêcheurs restent au port… Tout s’endort. Le soleil dans un lointain Incertain, Semble une étoile mouillée Et brouillée. Les barques flottent ballantes, Nonchalantes, Sur le flot d’argent bruni Tout uni. Des coups de sifflet pressés Sont lancés, Cris de machine embrumée Enrhumée… Puis un long flic-flac de roue Qui s’ébroue : Le bateau de Saint-Malo Vient sur l’eau. Les voyageurs débarqués Sur les quais Passent au loin, silhouettes Fort peu nettes. Ils marchent tête baissée Et lassée ; Leurs membres paraissent pris Dans du gris. La cloche, au sourd tintement, Tristement Dans le brouillard vibre et pleure Un quart d’heure. Des ombres vont qui s’espacent Et qui passent : Le bateau repart, tout fuit Dans la nuit. Ô Soleil ! ô vieil ami Endormi, Qui sous ces flottantes robes Te dérobes. Pour demeurer de la sorte À la porte, As-tu fait, vieux débauché, Un péché ? En courant le guilledou (Dieu sait où !), Cette nuit loin de la lune Importune, Lutinant quelque planète En goguette, Es-tu tombé sur ton né Fleuronné ? Ou bien, réveillé trop tard, Par hasard, Honteux de ta nonchalance, En silence, Restes-tu dans un nuage Comme en cage, De peur de te voir puni Et honni ? Si telle est ta crainte, eh bien ! Ne crains rien ! Perce la brume maudite ! Viens-nous vite ! On pardonne tout quand même, Dès qu’on aime, Et l’on t’aime, tu le sais, Bien assez. Ne nous laisse pas te voir Sans t’avoir ! Grand acteur, sors des coulisses Où tu glisses, Et sur la terre fidèle Qui t’appelle, Traîne ton manteau vermeil, Ô Soleil !